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Nick Drake - Bryter Layter

Ca y est, les bases sont là, le premier effort n’a pas été entièrement vain : il a donné confirmation à Joe Boyd et le reste de l’équipe du potentiel de ce jeunot un brin timide.

Mais voilà, convaincre un adepte, c’est finalement faire du surplace. Nick Drake arrête ses études, fini Cambridge et la littérature, la musique, c’est ce qu’il aime et ce qu’il veut faire, ce ne sont pas les lettres de son paternel qui y changeront quelque chose. Après être passé au John Peel show, il ouvre pour Fairport Convention, chose qu’il ne fera pas longtemps, pour la simple et bonne raison que sa timidité l’empêche d’assurer un show dans les ordres de l’époque, il se retire. Son truc, c’est la musique, jouer de la musique, mais pas devant les gens, une sorte d’antagonique du Jimmy Page de l’époque. Mais soit, ce deuxième essai l’ouvrira peut-être à un succès commercial suffisant pour pouvoir arrêter de squatter l’appartement de sa sœur ou de ses amis…

Après une introduction tout en douceur, vient un Hazy Jane II qui respire le bonheur, la gaieté, la joie, tout ces trucs là. On finit par se demander si ce cher Nick ne nous a pas fait un coup de déprime sur Five Leaves Left, et qu’il ne va pas nous sortir un album guilleret, à écouter les jours de soleil en sirotant de la limonade sous le regard de quelques merles chantant. Et bien non, quand même pas, ce n’est pas le seul titre de l’album qui donne dans le registre, mais le changement apparaît presque brutal. Le choix du placement de ce titre est quand même surprenant, pas du tout indiqué dans la cohérence de l’œuvre, avant le très jazzy At The Chime Of A City Clock qui aurait très bien pu figurer sur Five Leaves Left. Ou plutôt, est-ce ce dernier titre qui ne serait pas à sa place ?

Rien n’est moins sûr, Bryter Layter est tout sauf un Five Leaves Left 2. Oui, beaucoup de nouvelles choses, en plus d’une gaieté assez novatrice dans le registre du britannique, l’apport de nombreux instruments tel que le saxophone de Ray Warleigh, la batterie, ou même de cuivres viennent effacer le dépouillement du premier album. Pour le coup, on ne peut que saluer l’intention, mais pas autant le résultat. Les chœurs joyeux et presque latinos de Poor Boy, l’orchestre trop présent sur une majeure partie de l’album, le chant sincère mais mal placé sur One Of These Things First… Tant de choses qui trahissent un album bien composé, mais mal interprété. Pourtant, vous y retrouverez toujours le même jeu de guitare, la même voix feutrée ou des mélodies assorties de textes poétiques émouvants à souhait.

Malgré cela, ce sont les instrumentaux Sunday et Bryter Layter qui font parti des meilleurs morceaux du disque. Ceux qui sont les moins « surfaits ». Un album dont on pourrait aisément dire qu’il doit beaucoup à sa fin, Northern Sky, avec un certain John Cale au piano et à l’orgue, tout simplement ravageur. Ce dernier est également présent sur Fly, mais cette fois-ci au violon et à la harpe. John et Nick partagent plus que de l’héroïne sur ces deux titres, on se prendrait presque à rêver que les deux hommes poursuivent cette collaboration. Dommage.

Le disque sonne comme trop riche, trop pompeux ? Peut-être pas quand même, mais il y en a trop, trop de choses autour d’une musique qui aurait du rester simple et légère, à l’image de son créateur. L’album dépassera péniblement les trois milles copies vendues, Joe Boyd est obligé de vendre sa boîte de production, et de s’exiler à Los Angeles pour aider la production cinématographique. Un nouvel échec commercial qui amène Nick Drake à ses premières grosses dépressions, accentuées par la drogue. Des jours sombres s’annoncent…

Breach - Kollapse

Ah la Suède… Pays très prolifique en musique burnée. Par burnée, j’entends hard rock, metal, hardcore, voire punk. Opeth, Meshuggah, Refused, The Hives, Hammerfall… (cherchez l’intrus). Du bon, du moins bon, de l’excellent et du franchement pas terrible en somme, comme partout ailleurs. Cependant, Breach est certainement un nom qui ne vous dit rien. Si ? Et bien non, c’est bien ce que je pensais. En effet, ces Suédois là sont restés plutôt underground, mais maîtres de leur genre sur la scène underground. Maîtres oui, avec une discographie peu étoffée, mais un dernier album qui encore aujourd’hui est pour beaucoup synonyme de perfection.

 

Ce dernier album répond au doux nom de Kollapse. Un titre qui en dit long sur le groupe a ce moment là. La tension est une des caractéristiques essentielles de ces gaillards. Les fondations du sont clairement hardcore, et même punk. Pourtant, le navire change de cap, comme Neurosis en son temps avec Souls At Zero, ils viennent pratiquer un hardcore soigné, avec des touches post-rock. Album de la maturité ? On ne saurait pas bien dire, car Venom avant lui était déjà un disque mature, plus classique mais possédant des qualités mélodiques indéniables, un vrai recueil de tubes hardcore finalement. Dernier coup d’éclat ? Rien n’est moins sûr, car la cinquantaine de minutes composant l’album scintille comme un bijou.

 

Le travail d’orfèvre est évident, rien que l’ouverture nous colle des larsens à n’en plus pouvoir, tranchant déjà avec le reste de la discographie du groupe. Un deuxième titre marqué par les cris oppressants de Tomas Hallbom, qui insuffle au disque un côté inquiétant, glauque… Il n’y a qu’à écouter la puissance dévastatrice de Lost Crew pour se convaincre, Breach nous laisse peut-être souffler, mais ne nous laisse pas nous relever pour autant. Tout ce que l’atmosphérique Teeth Out nous cède, il nous le reprend et pire, il nous condamne un peu plus, une véritable tourmente par l’intermédiaire d’une musique limpide et hypnotique.

 

Plus qu’à écouter, Kollapse se vit, par l’intermédiaire des changements de rythmes incessants, entre les titres qui composent l’album mais aussi à l’intérieur de ces titres. Passer d’un Seven à un Murder Kings And Killer Queens à de quoi en secouer plus d’un, surtout quand la suite, qui est aussi le final de l’œuvre, se poursuit avec un morceau à la fois atmosphérique et intense. Plus de huit minutes où s’entremêlent clavecin, glockenspiel et guitares acoustiques, une note d’espoir alors qu’il n’y en a plus, le titre Kollapse ou le « chaos organisé ».

 

L’expérience est intense, la voie est ouverte. Nombreux seront les groupes à venir qui citeront Breach dans leurs influences, mais ce qu’ils ne disent pas tous, c’est qu’il s’agit de Kollapse plus que tout le reste de la discographie de ces bonhommes qui les a marqué. A l’inverse de la plupart des groupes, Breach nous a gardé le meilleur pour la fin, plus qu’un dessert, un délice. L’éclair de génie des Suédois a été prolifique, mais il a aussi électrocuté une formation toute nouvellement constituée, pour notre plus grand plaisir et notre plus grande déception.

 

Décidément, il ne fait pas bon être fan de groupes qui ont splitté…

Nick Drake - Five Leaves Left

Nick Drake fait parti de cette vague de singer-songwriter qui est venue s’échouer sur les rivages des disquaires au début des années soixante-dix.

Bob Dylan (dont il était grand admirateur) ou Leonard Cohen sont installés et ont déjà sorti des œuvres majeures quand, tout juste âgé de 20 ans, cet anglais sort sa première galette, produite par un certain Joe Boyd. Notons que tout cela ne se serait pas fait si Ashley Hutchings, du groupe Fairport Convention, n’avait pas remarqué ce frêle guitariste qui se produisait alors dans divers clubs et cafés. Ce n’était que le début d’une relation entre le groupe et l’artiste qui allait durer jusqu’à la fin.

La première chose qui frappe à l’écoute de ce disque, c’est son dépouillement, cette impression du « juste essentiel ». Rien de superflu, que de l’utile, tel sera le mot d’ordre de la discographie de Nick Drake. Un mot d’ordre suivi à merveille par les musiciens qui l’accompagnent sur l’album, qui, il faut bien le dire, ne sont ni novices, ni inconnus, et encore moins manchots. Les arrangements sont ici laissés à Robert Kirby (qui officiera plus tard avec Elvis Costello, rien que ça), et certains n’hésiteront pas à les comparer à ceux de Gabriel Fauré.

Mais ce qui fait la particularité de Nick Drake, c’est aussi son jeu de guitare, difficilement imitable (mais qui influencera Robert Smith, rien que ça), cette voix feutrée qui accentue encore plus la discrétion qui entoure l’homme, au point de lui donner un air fantômatique. Une voix qui respire la mélancolie, mais sait parfois se montrer plus enjouée comme sur « Time Has Told Me » ou teintée d’un certain optimisme comme sur « Cello Song ». On reconnaît ici et là du Davy Graham, un des pères du folk acoustique, mais aussi de la musique orientale sur le magnifique « Three Hours », du baroque sur « Day is Done », du jazz sur « Man in a Shed », ou encore du blues sur « Saturday Sun ».

L’introverti fait ici une introspection de lui-même, démontrant ses talents de compositeurs et de parolier, des talents hors-normes, qui devront attendre des années, des décennies pour être reconnus, au grand dam de l’auteur, qui doutera de ses qualités de musicien au fil des échecs commerciaux. Ajoutons à cela la poésie des paroles s’inspirant de nombreux auteurs britanniques que Nick Drake a étudié à Cambridge, Five Leaves Left est un de ces disques qui vous prend aux tripes, l’histoire nous apprendra qu’il aura deux frères, et que le meilleur comme le pire était à venir…

A propos…

Bienvenue sur mon blog.

Je reprends ici mon projet d’avoir une page web où je puisse parler de ce que dont j’ai envie (donc pas MySpace), principalement des coups de coeurs musicaux, mais aussi cinéma voire jeux vidéo…

“On ne vend pas la musique, on la partage” – Leonard Bernstein

Je n’encouragerai jamais à pirater la musique que je présente ici, car si je la présente, c’est que je pense qu’elle mérite d’être achetée, tout simplement. En revanche, j’encourage à découvrir, de la méthode dont vous voulez, et je ne cautionne pas l’attitude des grosses maisons de disques actuelles, ni les prix qu’elles pratiquent.

“Si tu veux contrôler le peuple, commence par contrôler sa musique” – Platon

De la musique dont je parlerai ici, il n’y aura que très peu d’artistes que l’on entend régulièrement, je n’imiterai pas Philippe Robert et son excellent “Rock, pop : un intinéraire bis en 140 albums essentiels” (que je conseille) mais vous ne trouverez pas ici un grand nombre d’artistes qui font les hits.

“Il n’existe que deux sortes de musique : la bonne et la mauvaise” – Duke Ellington

Quand je n’aime pas un artiste ou un album, je le fais savoir, parfois de manière crue, mais je n’énonce pas de vérité absolue, juste une opinion personnelle, que j’appuie sur des raisons (dont l’importance sera subjective). Pas moyen que je me retrouve avec des mails de condamnation de fans de My Chemical Romance ou Keane juste car j’ai fait une vilaine allusion. De même que les notes que je mets sont le reflet de mon impression sur le disque, je ne prends pas en considération les statuts cultes de certains groupes ou albums, et je ne note pas sur un barème précis bien entendu.

“Il y a deux moyens d’oublier les tracas de la vie : la musique et les chats.” – Albert Schweitzer

Non, je ne parlerai pas de chats, mais j’adore les chats.

Et pour finir le mot d’ordre de ce journal :

“Sans la musique, la vie serait une erreur” – Friedrich Nietzsche

Music and me...

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