1967 a vu l’éclosion de nombreux groupes de rock, et donc parallèlement de nombreux albums cultes.
Sergent Pepper’s des Fab Four, Are You Experienced ? d’Hendrix, Disraeli Gears de Cream, The Piper at the Gates of Dawn de Pink Floyd ou The Velvet Underground & Nico avec son éponyme pour n’en citer qu’un dixième. Il est pourtant un groupe qui sortira deux albums cette année là, signé chez la maison de disque Elektra. Ce groupe vient des Etats-Unis bien sûr. Vous voyez de qui je parle ? Et bien non, il ne s’agit pas des Doors, bien que la description leur sied très bien à eux aussi, il s’agit de Love. Evidemment avec un nom pareil, on se prendrait presque à voir une bande de hippies « flower power » chantant dans des petits bars. Et on ne se tromperait pas tant que ça…
Le chanteur et compositeur principal du groupe, Arthur Lee, se lance à nouveau dans l’écriture d’un album, le troisième, et celui dont il pensait qu’il serait le dernier, vu que tout le monde allait mourir bientôt. Triste perspective pour un groupe avec un nom pareil, mais qu’importe, les succès modestes des deux premiers n’ont que peu affecté la bande, qui, défoncée dans la maison de Dracula, se prête au jeu.
La première impression qu’on a, c’est celle d’une musique hispanisante, très bien arrangée, presque raffinée et joyeuse. Alone Again Or, un des deux titres de l’album composé par le guitariste Bryan MacLean, aura au moins le mérite d’être une des meilleures ouvertures de l’histoire de la musique. S’en suivent des titres variés, sombres comme A House is Not a Motel, ou le chef d’œuvre du groupe, The Red Telephone, ou des ballades folk réalisées avec une grande classe comme AndMoreAgain. Arthur Lee nous pond des paroles apocalyptiques, inquiétantes, mais qui ne font jamais cliché, et en plus de ça garde un niveau de songwriting hors norme tout le long de l’album, malgré l’éclectisme dans la succession des titres.
Parce-qu’il faut bien le dire, la régularité de l’album malgré cet éclectisme est ce qui fait de cet album un album culte. Car presque rien n’est à jeter, même pas Maybe the People Would Be The Times or Between Clark and Hilldale et ses airs de ska avant l’heure, ou Bummer in the Summer. On pourrait éventuellement écarté du revers de la main The Good Humor Man He Sees Everything Like This qui n’apporte rien de plus que ce qui a déjà été dit, mais ça serait être tatillon et bien sévère.
Occulté en partie par les succès des Doors et ajouté au fait que le groupe ne défendra pas (ou peu) son album sur scène, les ventes ne décollent pas et cet opus tombera un peu dans l’oubli. C’est étrangement vers la fin des années 2000 que Forever Changes s’est vu octroyé des places dans tous les fabuleux tops 100 érigés par les magazines spécialisés. Album régulièrement cité comme influence, la mort récente d’Arthur Lee aura un peu plus projeté le groupe dans les petits papiers des critiques. Non content d’avoir été le premier leader noir d’un groupe de blancs, il aura aussi laissé une marque impérissable dans l’histoire de la musique, et cette marque s’appelle Forever Changes.
PS : étant encore en période de partiels, il m’est difficile de sortir un grand nombre de chronique, mais ça ne tardera pas à revenir à un rythme plus soutenu, sauf si d’autres obligations viennent perturber mon mois de juin, qui sait. Bonne écoute.
