The Postman Syndrome est un jeune groupe venu du New Jersey. A la sortie de l’album, les membres qui le compose ont entre 20 et 24 ans : c’est le premier et dernier album du groupe, qui splittera au premier jour de l’an 2006. Terraforming se compose de 12 chansons, ou plutôt 12 chapitres comme l’indique la pochette. L’album passera inaperçu à sa sortie, la faute peut-être à une maison de disque ne leur ayant pas accordé la promotion qu’ils espéraient.
Définir le style du groupe s’avère difficile, entre le grunge de Soundgarden, le rock fouillé de Tool, la saturation de Neurosis ou encore les mélodies de Dredg. Les membres déclarent s’inspirer de la scène progressive des années 70, Genesis et King Crimson en tête, et de la scène plus récente du post metal à la Isis et Pelican. Le brassage d’influences est prometteur, et le fait est qu’il tient ses promesses. Tout s’accorde à merveille dans ce disque rare, avec un chant allant de Chris Cornell au hardcore à la Dimitri Minakakis.
La musique prend les tripes d’entrée avec un titre d’ouverture Amputees Make Bad Swimmers: Chapter I qui donne le ton. Chant grunge, guitares incisives, percus étourdissantes. S’en suivent les Hedgehog’s Delemma, certainement les morceaux les plus variés de l’album, avec des changements de rythme qui prennent de cours, et des mélodies accrocheuses, qui ne sortent plus de la tête. C’est au tour des Schizorabbit and the Face Parade, un premier morceau où Mike Somers dévoile toutes ses qualités de batteur, un deuxième morceau qui monte en puissance jusqu’aux Rotating Crib Toy, double le plus court de l’album, et qui aurait certainement gagné à être rallongé.
La seconde moitié de l’album reste dans le même registre, mais se fait sur des morceaux plus longs, plus indigestes, qu’on n’a assimilé seulement après plusieurs écoutes. Du haut de ses 8 minutes 39 secondes, Unfamiliar Ceiling nous fait passer de la douceur à la rudesse, Lonely In Your Arms n’est que violence, mais une violence maîtrisée du début à la fin du titre par une rythmique hypnotisante. Interpretive Decorating est certainement le titre qui résume le mieux l’album, une douceur toute relative radioheadienne qui se heurte à une opposition plus hargneuse que ne renierait pas Isis, cet antagonisme des deux chants fonctionne à merveille. Les deux Volume Fact concluent d’une fort belle manière l’album, le premier étant seulement un interlude calme, qui est suivi par une dernière piste en deux parties sur une touche sludge loin d’être désagréable. Le dosage de l’album est à saluer tout comme son homogénéité.
On ressort de l’écoute étonné. Surpris par un album frais, qui s’inspire fortement des monstres sus cités sans jamais les plagier. Le mélange prend, et aboutit en un plat délicieux, tellement qu’on a envie d’en manger à nouveau. Non, Terraforming n’est pas exempt de défauts. On regrettera une production un peu faiblarde qui ne rend pas grâce à la puissance dont l’album aurait pu bénéficier ou encore un chant hardcore qui manque de travail. Mais finalement, ce qu’on regrette le plus une fois l’album terminé, c’est que ce groupe si prometteur se soit arrêté là et soit resté si inconnu du public.
