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Nine Inch Nails - Year Zero

Nine Inch Nails est Trent Reznor. Depuis le début, il s’est surtout bien entouré plus qu’il n’a formé un réel groupe, sa volonté d’indépendance étant très marquée, il n’y a rien d’étonnant à cela.

La liberté est un sujet qui tient à cœur à ce bon vieux Trent. La liberté, et la musculation, mais on ne s’intéressera pas à cette dernière. Trent sait aussi comment faire parler de lui. Cette fois-ci, il y met le paquet : album conceptuel (ça, ça ne nous surprend pas vraiment), album d’anticipation (là aussi, on ne sursaute pas) et promotion par un jeu de pistes et de clés USB semées à droite à gauche lors de la tournée ayant précédé la sortie de Year Zero. Original, novateur, cet exemple sera certainement source d’inspiration à défaut de devenir un standard. Mais plus qu’un simple album conceptuel, Year Zero est un message dont le prolongement se fait suite à l’acquisition de l’objet. Pas question d’épiloguer sur tout ce que l’on pourrait appeler le « paralbum », autant vous laisser le loisir de fouiller par vous-même.

With Teeth en avait déçu plus d’un avec son air de nourriture aseptisée, loin des saveurs risquées d’un Downward Spiral. Peut-être devrait-on cesser de se la jouer fan nostalgique des débuts, après tout, ce n’est pas comme si NIN avait décidé de proposer des albums se fondant dans la masse. L’identité du groupe reste forte, une énergie palpable, une noirceur forte qui n’est pas sans rappeler les œuvres les plus sombres d’un David Bowie ou de Joy Division. Là où The Downward Spiral retraçait au microscope l’autodestruction d’un homme aux prises avec ses démons (un peu comme Reznor à l’époque), Year Zero passe au grand angle et à la machine à voyager dans le temps pour nous raconter une Amérique totalitaire et extrémiste, en 2022. Une civilisation qui s’autodétruit à cause de ses démons, précisément.

Year Zero est synthétique, froid, glauque. Le tout a un son de machines qu’on aurait placé dans un usine gigantesque, à l’image de la rythmique, pratiquement toujours samplée, de même que les guitares qui se cachent sous une cohorte d’effets sonores en tout genre. Le premier contact est délicat. Malgré un démarrage tout en puissante avec le bien nommé Hyperpower ! et l’excellent The Beginning of the End, le premier single Survivalism ne se laisse pas adopter si facilement. Le coup est quand même bien joué, parmi les premiers morceaux à avoir filtré, il a donc été moins choquant pour une parti des auditeurs à la première écoute du disque, car il renferme un des meilleurs refrains que NIN a eu l’occasion de créer durant la dernière dizaine et une énergie si caractéristique de Reznor.

Les fluctuations électro-pop des titres suivants varient fortement, allant du dancefloor d’un God Given au groove d’un Captain G (rare titre où Josh Freese peut s’exercer derrière les fûts) et Vessel en passant par les vagues successives d’artifices électroniques de My Violent Heart. Il est parfois difficile d’en retirer quelque chose de prime abord, certains titres se confondant, d’autres se démarquant trop du bloc. Certains en tireront un point faible là où d’autres crieront au génie. Le partage entre passages dansant et passages apocalyptiques trouve son paroxysme dans un Meet Your Master ou un The Great Destroyer, démarrés de manière calme pour s’alourdir progressivement et étouffer un peu plus l’auditeur, tel le citoyen moyen de ce monde surveillé, emprisonné et oppressant.

De quoi contraster sévèrement avec le minimalisme d’Another Version of the Truth et son piano lancinant, ou encore avec le refrain agréable de In This Twilight et la conclusion de l’album, Zero-Sum, perle d’arrangements électroniques couplés au piano. Final magistral, mené par un discours moralisateur et inquiétant, il n’en reste pas moins un des meilleurs morceaux de l’album. Bidouillages et laptop en tout genre, Year Zero n’est pas metal, ni réellement électro, ni quoi que ce soit de précis en fin de compte. Il est certainement trop hétérogène, et pas forcément concis là où on l’espérait. Plus qu’un simple album, qu’une simple « quantité sonore », c’est avant tout une œuvre revendicatrice, proche d’un 1984 omniprésent depuis quelques années. C’est peut-être juste une œuvre en avance sur son temps, qui narre un futur dont on ne peut qu’espérer son improbabilité.

Kyle Eastwood - Paris Blue

Eastwood. Dirty Harry, Impitoyable, Sur la Route de Madison, Bronco Billy… Et si un Eastwood en cachait un autre ?

Ceux qui connaissent bien l’oeuvre de Clint Eastwood savent qu’il ajoute au cinéma une autre passion artistique : la musique. Ceux qu’ils ne savent pas tous, c’est que cette passion a été transmise à son fils, plus que le cinéma encore, dont il arrêta les études à 18 ans pour suivre une seule voie : la musique. Et sa musique se décline en jazz, à la contrebasse. Ne s’arrêtant pas qu’à collaborer aux bandes originales des réalisations de son paternel (Million Dollar Baby, Lettres d’Iwo-Jima…), il sort régulièrement des galettes pour le plus grand plaisir de nos oreilles. Kyle aime la France, enfin, surtout Paris… Jusqu’à donner à son album le nom de la plus belle ville du monde. Paris se déclinerait donc en bleu, hommage à un oiseau que son père idolâtrait au point d’en faire un film ? Rien n’est sûr. Le bleu est une couleur qui sied si bien au jazz après tout.

Ici, point d’hommage aux monstres sacrés, Kyle pratique un jazz abordable, frais, tantôt enjoué et groovy, tantôt triste et solitaire. Le tout emballé dans des sonorités modernes. L’originalité n’est pas (trop) au rendez-vous, pas d’avant-gardisme osé, tout juste les sifflements de ce cher Clint sur Big Noise pour donner la mesure. Dirty Harry n’est pas le seul invité sur l’album, on y retrouve Michael Stevens et ses samples exotiques, avec qui Kyle a réalisé la bande originale de Lettres d’Iwo-Jima, mais aussi Vinnie Colaiuta derrière les fûts. Le batteur du Frank Zappa Band et du Joni Mitchell Band apparaît sur 4 titres, et non des moindres, où il montre l’étendue de ses talents et de son jeu subtil et variable. Une versatilité très appréciable sur un album qui joue sur les ambiances, en témoigne Marrakech, où les violons accompagnent le doudouk, sorte de clarinette d’origine arménienne, pour créer une mélodie entraînante appuyée par une basse électrique de toute beauté, assurément un des points d’orgue de l’album.

Quand Vinnie s’éclipse de la batterie, c’est Stéphane Huchard (Sanseverino, Daby Touré, Gil Evans…) qui le remplace, autant dire que l’on perd autant que l’on gagne sur ce changement. Et on y trouve à nouveau son compte, dans un registre plus moderne, Muse se permet d’être funk, encadrée par une rythmique forte et quelques improvisations parfaitement collées au thème récurrent du titre. Changement rapide pour un morceau emmené par un duo basse-piano de toute beauté, où viennent s’ajouter le solo de saxophone de David Sauzay, pour sa seule participation à l’album, et finalement laisser place au solo piano de Manuel Rocheman, pour ce qui sera pour lui aussi sa seule contribution. Le Point Royal tient toutes ses promesses, avant de s’effacer au profit de Solferino. On laissera le bénéfice du doute au neveu du Honkytonk Man pour les titres de ces deux chansons, après tout, l’album ne se nomme pas Paris Rose…

Solferino figure également dans la bande originale de Million Dollar Baby, et on comprend très bien à quel genre de scène il a pu collé. Avec son intro au piano, son saxophone qui semble se plaindre à un piano indifférent, le tout sous le regard contemplatif de la basse de Kyle Eastwood et les crépitements des cymbales, Solferino a tout de la ballade triste, évoquant une vieille douleur, une perte, une absence… Un contraste saisissant avec le groove appuyé de Cosmo, mêlant rythmique joyeuse et Fender Rhodes. La position de ce titre restera aussi mystérieuse que l’introduction du titre éponyme, qui fait repartir l’album dans un registre plus triste, mélancolique, où une autre génération de Eastwood vient apporter sa touche à l’édifice, puisque c’est la fille de Kyle, Graylen, qui vient jouer l’intro au piano, qu’elle a elle-même composé, décidément, la génétique… Le doudouk fait son grand retour, et une dualité plus légère apparaît tout au long du morceau grâce au changement de gamme et au dialogue trompette-saxophone tout au long des huit minutes qui composent ce dernier titre.

Dernier, pas tout à fait, l’album se clôture en fait par deux remixes, des deux premiers titres. Malheureusement, ces remixes sont clairement dispensables, Big Noise voit sa longueur doublée, avec un ajout de percussions électroniques d’un goût incertain tandis que Marrakech perd toute son ambiance et son émotion à coup de samples assez mal venus. Il est dommage de voir un si bon album s’achever sur ces points noirs, mais qui ne doivent pas occulter la qualité des autres titres, des guests ainsi que celles du jeu de Kyle Eastwood, directement inspirée du maître Charles Mingus. Un album varié, dont le dosage laisse parfois à désirer, mais que les soli enrobent de la plus belle des manières. « Whit » a grandi, passant derrière l’instrument, et donnant au public une raison de plus de croire que Clint n’engendre que des bonnes choses.

 Love - Forever Changes

1967 a vu l’éclosion de nombreux groupes de rock, et donc parallèlement de nombreux albums cultes.

Sergent Pepper’s des Fab Four, Are You Experienced ? d’Hendrix, Disraeli Gears de Cream, The Piper at the Gates of Dawn de Pink Floyd ou The Velvet Underground & Nico avec son éponyme pour n’en citer qu’un dixième. Il est pourtant un groupe qui sortira deux albums cette année là, signé chez la maison de disque Elektra. Ce groupe vient des Etats-Unis bien sûr. Vous voyez de qui je parle ? Et bien non, il ne s’agit pas des Doors, bien que la description leur sied très bien à eux aussi, il s’agit de Love. Evidemment avec un nom pareil, on se prendrait presque à voir une bande de hippies « flower power » chantant dans des petits bars. Et on ne se tromperait pas tant que ça…

 

Le chanteur et compositeur principal du groupe, Arthur Lee, se lance à nouveau dans l’écriture d’un album, le troisième, et celui dont il pensait qu’il serait le dernier, vu que tout le monde allait mourir bientôt. Triste perspective pour un groupe avec un nom pareil, mais qu’importe, les succès modestes des deux premiers n’ont que peu affecté la bande, qui, défoncée dans la maison de Dracula, se prête au jeu.

 

La première impression qu’on a, c’est celle d’une musique hispanisante, très bien arrangée, presque raffinée et joyeuse. Alone Again Or, un des deux titres de l’album composé par le guitariste Bryan MacLean, aura au moins le mérite d’être une des meilleures ouvertures de l’histoire de la musique. S’en suivent des titres variés, sombres comme A House is Not a Motel, ou le chef d’œuvre du groupe, The Red Telephone, ou des ballades folk réalisées avec une grande classe comme AndMoreAgain. Arthur Lee nous pond des paroles apocalyptiques, inquiétantes, mais qui ne font jamais cliché, et en plus de ça garde un niveau de songwriting hors norme tout le long de l’album, malgré l’éclectisme dans la succession des titres.

 

Parce-qu’il faut bien le dire, la régularité de l’album malgré cet éclectisme est ce qui fait de cet album un album culte. Car presque rien n’est à jeter, même pas Maybe the People Would Be The Times or Between Clark and Hilldale et ses airs de ska avant l’heure, ou Bummer in the Summer. On pourrait éventuellement écarté du revers de la main The Good Humor Man He Sees Everything Like This qui n’apporte rien de plus que ce qui a déjà été dit, mais ça serait être tatillon et bien sévère.

 

Occulté en partie par les succès des Doors et ajouté au fait que le groupe ne défendra pas (ou peu) son album sur scène, les ventes ne décollent pas et cet opus tombera un peu dans l’oubli. C’est étrangement vers la fin des années 2000 que Forever Changes s’est vu octroyé des places dans tous les fabuleux tops 100 érigés par les magazines spécialisés. Album régulièrement cité comme influence, la mort récente d’Arthur Lee aura un peu plus projeté le groupe dans les petits papiers des critiques. Non content d’avoir été le premier leader noir d’un groupe de blancs, il aura aussi laissé une marque impérissable dans l’histoire de la musique, et cette marque s’appelle Forever Changes.

 

PS : étant encore en période de partiels, il m’est difficile de sortir un grand nombre de chronique, mais ça ne tardera pas à revenir à un rythme plus soutenu, sauf si d’autres obligations viennent perturber mon mois de juin, qui sait. Bonne écoute.

Lvmen - Mondo

Voilà 6 ans que Lvmen n’avait rien sorti. Deux albums, très courts, mais intenses, qui allaient de la chanson 1 à la chanson 7. On a cru que le groupe avait splitté définitivement et n’était guère que l’ombre du Bora, ce vent froid venu des pays de l’est qui ne va pas plus loin que la péninsule italienne. Car il est vrai que la popularité du groupe s’était bien étendu dans le milieu underground, aux côtés des Breach ou The Ocean, mais n’avait pas frappé la scène post-hardcore mondiale, au même titre qu’Isis ou Cult of Luna. Pourtant, le groupe revient en 2006, plus fort que jamais dira t’on.

Le recette Lvmen est facile à appliquer et facilement reconnaissable, mais pas forcément facile à reproduire, un premier morceau tout en douceur, le bien nommé #8, petite perle post-rock de quatre minutes, qui précède, vous l’aurez deviné, #9. L’absence de fade-out ou de blanc rend le contraste saisissant, les guitares saturées arrivent, le chant hardcore se colle dessus sans trembler dans ce qui est le meilleur morceau que le groupe a sorti dans sa carrière (on se prendrait à rajouter un « pour le moment »). L’incursion du piano et le caractère tranchant de la rythmique font de ce titre l’apogée du disque, une sorte de condensé du talent des tchèques en neuf minutes de plaisir, ni plus, ni moins.

Pour autant, le disque ne s’arrête pas là, bien heureusement. #10 tente de poursuivre son prédécesseur dans une voix plus rapide, plus dynamique, plus ancrée dans ce que le groupe a sorti auparavant mais hélas pas aussi prenante et bien plus brouillon que ce à quoi le groupe nous avait habitué… Les vocaux de la fin du titre nous permettent de nous ressaisir, pour enchaîner sur un #11 (toujours sans temps mort) et ses riffs dévastateurs. On remarquera l’aspect plus moderne du morceau et de l’album tout entier, mieux produit, le groupe bénéficie de meilleurs moyens qu’avant, en témoigne la remasterisation des deux opus précédents.

Place à la conclusion de l’album, #12 et son intro Neurosisienne, suivie d’un enchaînement de riffs puissants et immersifs engageant le dernier titre de l’album, où même les superstitieux trouveront leur compte : #13 où le groupe se prend à pondre quelques soli de guitares surplombés par une batterie toujours plus virevoltante et par des chœurs, une nouveauté chez le groupe, qu’ils feraient bien d’essayer un peu plus à l’avenir tant le mélange fait saliver. Les deux minutes conclusives reprennent là où le disque avait commencé : par un calme presque mélancolique, l’orage est passé, mais pas sans faire de dégâts.

Si les Tchèques peuvent être apparentés au Bora, Mondo est une tempête qui secoue les habitudes du genre, et vient se poser là comme un des meilleurs disques sortis dans le genre depuis Kollapse en 2001. Le raffinement, la qualité de la production, l’inventivité, l’assimilation quasi parfaite d’influences aussi qualitatives que quantitatives rendent un disque comme Mondo indispensable pour tout amateur de hardcore ou post-hardcore, tout simplement.

Nick Drake - Pink Moon

Ca y est, Nick Drake est près de toucher le fond, l’abus de drogue et le manque de stabilité autour de lui ne font qu’empirer les choses.

Joe Boyd parti, c’est vers John Wood (Nico, Pink Floyd…) que se tourne le guitariste. Trevor Dann, le biographe de Nick Drake, dira de ce duo que c’était la rencontre du musicien perfectionniste et de l’ingénieur perfectionniste. Tout ce perfectionnisme se rencontre sur un disque court, 27 minutes seulement, un dernier effort enregistré en deux heures sur deux jours, à minuit.

Fini les arrangements à rallonge et l’omniprésence de l’orchestre qui écrasaient une partie non négligeable de ce qui fait l’attrait principal de la musique de Drake : les mélodies. Et leur retour sur le devant de la scène n’a jamais été aussi appréciable que sur Pink Moon, dès la première chanson éponyme, on prend de l’émotion par vagues successives. Nick Drake fait tout, ce qui donne l’occasion de s’apercevoir qu’il n’excelle pas seulement à la guitare mais aussi au piano. Déjà A Place to Be revient à la mélancolie, à la nostalgie même, tandis que Road ressemblerait plus à un rêve et Which Will à une longue interrogation.

Les chansons brillantes ne manquent pas, à vrai dire il n’y a même que ça. Même les instrumentaux dégagent une puissance émotionnelle sans précédent, au moins aussi grande que leur simplicité. Car on ne le répétera jamais assez, entre un Five Leaves Left « coup d’essai » et un Bryter Layter dont on en viendrait presque à se demander si Nick Drake a réellement donné son accord pour tant de grandiloquence et d’arrangements pompeux, Pink Moon est en quelque sorte le premier vrai album de Nick Drake. Que dire d’un titre aussi bouleversant que Things Behind the Sun qui n’ait pas déjà été dit… Un chef d’œuvre de songwriting qui ne peut laisser indifférent, point d’orgue d’un album, et même d’une discographie à lui seul.

Les plus par rapport à Bryter Layter sont faciles à cerner, mais ceux par rapport à son premier album le sont moins. Certains verront des défauts à ce dépouillement arrivé à son paroxysme : un homme et une guitare, la sophistication laisse place à l’émotion. Pink Moon c’est le chant d’un artiste résigné, dans une ambiance presque malsaine, l’asile n’est finalement pas si loin, il n’y a qu’à lire les paroles de Parasite pour s’en rendre compte, l’artiste finit par avoir peur des autres, à se sentir en dessous de tout, et ce n’est pas Free Ride qui y changera quelque chose. Un dangereux mélange de paranoïa, de déception, d’aliénation se fait dans ce testament qui sera adressé à sa maison de disque avec la note « je n’avais pas d’autres chansons… ». Le folklorique Harvest Breed et l’enjoué From the Morning clôturent une œuvre qui sonne comme l’évocation d’une blessure trop profonde pour rester anodine.

Tout est si simple et facile sur Pink Moon qu’on ne peut qu’être surpris lorsque l’album touche à sa fin. Un voyage trop court, c’est la seule chose qu’on l’on peut regretter sur cet opus intemporel, ce que les anglophones nomment à juste titre « a masterpiece ». Malgré tout cela, l’album ne rencontre pas le succès espéré de son vivant, et cela poussera Nick Drake à se retirer quasi-définitivement de la musique (il enregistrera péniblement quatre autres chansons après ça). Et dire qu’il faudra attendre 2000 et un spot publicitaire d’une célèbre marque de voiture allemande pour que les ventes du disque en cinq ans surpassent celles des presque trente années cumulées avant. Les hommages après sa mort furent nombreux (Danny Cavanagh d’Anathema enregistrera un bon album de reprises en 2005), et même si ils furent mérités, ils arrivèrent certainement un peu trop tard… « Now we rise and we are everywhere ».

Ah tiens, une nouveauté, après avoir rien sorti pendant un moment, je me suis dit que je ne pouvais laisser passer une occasion de saborder la promo du dernier album du meilleur artiste francophone de tous les temps.

 

Jean Michel Jarre - Teo & Tea

La première chose qui m’est venu à l’esprit une fois le disque fini ce sont de terribles et douloureuses questions : est-ce que Jean-Michel Jarre a autant besoin d’argent ? Est-ce que l’huissier s’est présenté à sa porte ? Est-ce que Daniel Malmedahl (alias Crazy Frog) et Sean Paul ont pris possession du corps d’un des rares artistes français reconnu à l’étranger ? Dissertons un brin sur ces sujets voulez-vous.

C’est vrai que JMJ n’est pas très prolifique en albums ces temps-ci, Aero n’était qu’une compile dont l’intérêt principal résidait dans le mix 5.1 sur le DVD Audio, étant donné que les inédits n’étaient que très moyens. C’est donc à 2003 et Geometry of Love, l’album dédié à son épouse : la discrète Isabelle Adjani ,qu’il nous faut remonter pour observer le dernier album. Celui-ci étant déjà dans un registre aussi original que le dernier groupe signé chez Universal, on passera rapidement sur ce triste épisode (en s’interrogeant toutefois sur l’impact qu’a eu ce dernier sur le mariage). Mais alors, est-ce que les ventes des albums ne parviennent plus à payer le coûteux matériel utilisé lors des gigantesques concerts ? A première vue, Téo & Téa a tout d’un produit marketing qui cible un public aussi vaste que le vide intersidéral qui compose l’album. Mais au moins, il ne s’en cache pas, dès le premier morceau, on peut “apprécier” une sorte de mélange d’Ilona Mitrecey et de Pingu, avec des paroles moins niaises je vous rassure. Des paroles qui sont très présentes dans cet album, et aussi recherchés qu’elles le sont avec Ilona d’une certaine façon, mais ça n’est pas l’intérêt du disque, vous le comprenez bien. En tout cas, si l’huissier est passé, il n’a pas emporté ce qu’il fallait…

Aller, pour la deuxième interrogation, n’allons pas trop loin. Les bruitages de Chatterbox ont tout d’une grenouille folle, et les jouissances de la nouvelle conquête de JMJ sur Beautiful Agony pourrait très bien être un sample tiré du dernier disque du maître du ragga (non, Anne Parillaud n’est jamais sorti avec Sean Paul, vous avez eu peur). Mais à part ça, tout n’est pas emprunté à ces deux “icônes” de la scène musicale actuelle. Néanmoins, il faut reconnaître que quelque chose cloche. Les amateurs d’Oxygène, d’Equinoxe, voire même du très sous-estimé Chronologie seront très probablement déçus, voire pire. D’accord, les synthés ne devraient pas trop les décevoir, ils restent dans le classique de ce que nous propose JMJ depuis déjà 15 ans, mais l’apparition de scratch, de rythmes modernes, très pop, techno voire dancefloor, en mettra plus d’un à genou… De douleur. Côté concept, l’album représente 24 heures de la vie de Téo & Téa… Les mauvaises langues diront qu’ils ont une vie diablement inintéressante ces deux-là. Ils n’auront pas tout à fait tort. Ils pourront même se demander ce que signifie cette audace, qu’on décrit comme le “Jean-Michel Jarre contemporain”, qui se permet même de se répéter de façon exaspérante dans le même disque ou de reprendre certains thèmes à demi-mot comme sur Vintage. Difficile d’en supporter d’avantage…

Pourtant ne fuyez pas de suite, l’album possède de bons moments : les petits violons de Touch To Remember, mais c’est bien le seul élément à signaler sur cette piste, qui ferait honte à Kraftwerk, sans doute à cause des voix assistées par ordinateur, pénibles comme rarement. On va bien finir par dénicher quelque chose de bon… Ah oui, sur Melancholic Rodeo, la guitare fait une apparition qui, à défaut de remettre d’aplomb le dernier hardos chevelu, ravive un peu l’espoir d’un album meilleur. Pas de chance, ou plutôt si : il ne reste plus qu’un titre après ça, le single, qui reprend monstrueusement mal le thème d’intro qui lui-même était déjà avarié. Heureusement, ça en finit là.

Passer votre tour sur cette galette, et le DVD qui l’accompagne (qui ne sert à rien de toute façon, on a droit à du très mauvais, comme on en fait malheureusement trop en ce moment, même Tiësto paraît plus indiqué dans le genre. En attendant des jours meilleurs, et que ce cher Téo et cette chère Téa ne vivent pas trop heureux, il ne faudrait pas qu’ils aient des enfants non plus.

The Postman Syndrome - Terraforming

The Postman Syndrome est un jeune groupe venu du New Jersey. A la sortie de l’album, les membres qui le compose ont entre 20 et 24 ans : c’est le premier et dernier album du groupe, qui splittera au premier jour de l’an 2006. Terraforming se compose de 12 chansons, ou plutôt 12 chapitres comme l’indique la pochette. L’album passera inaperçu à sa sortie, la faute peut-être à une maison de disque ne leur ayant pas accordé la promotion qu’ils espéraient.

Définir le style du groupe s’avère difficile, entre le grunge de Soundgarden, le rock fouillé de Tool, la saturation de Neurosis ou encore les mélodies de Dredg. Les membres déclarent s’inspirer de la scène progressive des années 70, Genesis et King Crimson en tête, et de la scène plus récente du post metal à la Isis et Pelican. Le brassage d’influences est prometteur, et le fait est qu’il tient ses promesses. Tout s’accorde à merveille dans ce disque rare, avec un chant allant de Chris Cornell au hardcore à la Dimitri Minakakis.

La musique prend les tripes d’entrée avec un titre d’ouverture Amputees Make Bad Swimmers: Chapter I qui donne le ton. Chant grunge, guitares incisives, percus étourdissantes. S’en suivent les Hedgehog’s Delemma, certainement les morceaux les plus variés de l’album, avec des changements de rythme qui prennent de cours, et des mélodies accrocheuses, qui ne sortent plus de la tête. C’est au tour des Schizorabbit and the Face Parade, un premier morceau où Mike Somers dévoile toutes ses qualités de batteur, un deuxième morceau qui monte en puissance jusqu’aux Rotating Crib Toy, double le plus court de l’album, et qui aurait certainement gagné à être rallongé.

La seconde moitié de l’album reste dans le même registre, mais se fait sur des morceaux plus longs, plus indigestes, qu’on n’a assimilé seulement après plusieurs écoutes. Du haut de ses 8 minutes 39 secondes, Unfamiliar Ceiling nous fait passer de la douceur à la rudesse, Lonely In Your Arms n’est que violence, mais une violence maîtrisée du début à la fin du titre par une rythmique hypnotisante. Interpretive Decorating est certainement le titre qui résume le mieux l’album, une douceur toute relative radioheadienne qui se heurte à une opposition plus hargneuse que ne renierait pas Isis, cet antagonisme des deux chants fonctionne à merveille. Les deux Volume Fact concluent d’une fort belle manière l’album, le premier étant seulement un interlude calme, qui est suivi par une dernière piste en deux parties sur une touche sludge loin d’être désagréable. Le dosage de l’album est à saluer tout comme son homogénéité.

On ressort de l’écoute étonné. Surpris par un album frais, qui s’inspire fortement des monstres sus cités sans jamais les plagier. Le mélange prend, et aboutit en un plat délicieux, tellement qu’on a envie d’en manger à nouveau. Non, Terraforming n’est pas exempt de défauts. On regrettera une production un peu faiblarde qui ne rend pas grâce à la puissance dont l’album aurait pu bénéficier ou encore un chant hardcore qui manque de travail. Mais finalement, ce qu’on regrette le plus une fois l’album terminé, c’est que ce groupe si prometteur se soit arrêté là et soit resté si inconnu du public.

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